Benjamin Clémentine- At least for now

Cette image est déjà bien évocatrice de l’artiste que nous allons découvrir aujourd’hui, de sa simplicité, de son génie, de là d’où il vient.

Chronique d’un artiste paradoxal. Oscillant entre dandy et va-nu-pied…

Loin de moi l’idée de faire vivre le cliché, de dramatiser sur son histoire de chanteur du Métro, je veux m’attaquer à l’essentiel: sa création, son lien avec la musique en tant que vectrice d’abstraction, d’émotions, de partages.

Ce fan de William Blake, exprime lui-même son envie platonicienne de Contemplation, de démarche transcendante menant à l’Absolu.

C’est une attitude que l’on perçoit d’emblée dans sa musique, par les formats plutôt longs -sauf pour St Clémentine on tea and croissants- , aux rythmes changeants, vivants et simples par leurs instruments basiques, on voyage.

Cet album, l’unique, est une décharge émotionnelle vive, entraînant dans son sillon, les quelques malheureux qui auront eu la chance, l’audace, de s’abandonner.

Les mots, les mélodies, sans superflu, dénuée de toutes formes strictes font l’effet d’une bombe auditive, lâchée en plein ventre, en plein coeur.

Le style, inclassable, presque indéfinissable, vacillant entre slam, jazz, rap et soul, nous plonge dans un Univers unique, libre de toute obéissance, de toute règle. Un univers perturbant aussi, par cette voix intrusive, sensuelle et crue, parfois agaçant tellement il sort des sentiers battus.

Ses textes, lourds, alliés à la musique, bancale et harmonieuse, mettent mal à l’aise: on aime ou on aime pas. C’est ce qui fait l’excellence des artistes, la capacité à ne plaire qu’à certaines âmes. A ne faire écho qu’à elles.
Ca n’est pas une musique qui bougeotte, qui vivote, c’est une tornade émotionnelle qui nous crache à la gueule.
C’est toute la beauté, l’irrationalité de l’album. Cette classe, cette racine jazz, et ses mots et ce ton, crus, irrévérencieux. Ce paradoxe humain du tout et de son contraire.

La solitude et l’abandon, comme de vieilles fêlures, viennent parsemer cet album aux accents profondément mélancoliques et déchirants.

Accompagnée par un piano, sa voix, suave, parfois violente, raconte des histoires, dures ou romantiques, mélancoliques à souhait, et nous emmène au bord des précipices, dans les recoins de nos émotions passées…

Etonnant, brillant, intriguant, gênant.

Ne vous arrêtez pas à la première écoute, pénible et dérangeante. Laissez-vous emporter par les marées.

Ecouter Benjamin Clementine, c’est faire une expérience nouvelle, enrichissante, qui repousse nos limites et dérange nos a priori.

 

Donc, à écouter sans modération.

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