Hubert-Félix Thiéfaine – Stratégie de l’inespoir

Hubert-Félix Thiéfaine est un artiste français qu’on ne présente plus.

Par sa carrière, atypique, étendue, par son écriture hantée de poètes romantiques, de littérature moderne, sublimée par ses propres fêlures, par son style musical totalement inclassable aux influences multiples, Hubert-Félix Thiéfaine demeure, sans conteste, un artiste étonnant et inspirant.

Enigmatique aussi.

Ce dix-septième album, “Stratégie de l’inespoir” surprend.

Etant donné que je suis toujours interpelée par les marginaux, les  “fous”, les gens pas comme les autres, les originaux en tous genres, les tourmentés, écorchés vifs…  Et qu’en même temps, j’adore la littérature, la philosophie et la Préciosité, on peut dire qu’avec les albums de HFT,  j’y ai toujours trouvé mon compte.

Mais concernant son dernier album, je reste encore très mitigée…!!

La première chose qui frappe, c’est le titre des chansons.
Courts, simples, sans surprises, sans réelle fantaisie.

On a connu un HFT beaucoup plus original, beaucoup plus caustique ou déjanté.

Attaquons-nous au noyau dur.

Le premier titre de l’album “En remontant le fleuve” m’a étrangement fait penser à ce fleuve, sombre et délétère qu’est le Styx…

D’ailleurs, il y a très souvent chez cet artiste (ou plutôt il y avait?) une ambiance mystique, mythologique, qui vient mettre en lumière des mots puissants et une musicalité magique, presque maléfique tant elle est envoûtante.

Le titre choisi comme phare de l’album “Angélus” est, comme bien souvent lorsqu’un chanteur choisit une chanson pour faire sa promo, un titre auquel je n’ai pas beaucoup accroché… Tellement peu le reflet de l’album… Trop réducteur à mon goût.

Cet album est, pour moi, beaucoup plus serein, comme accouché avec sagesse, calme et rigueur.

Il est beaucoup moins rock aussi: les guitares électriques ne s’énervent plus et ne transmettent plus la débauche, la colère ou les angoisses….

C’est d’ailleurs presque dérangeant… On ne reconnaît pas vraiment la touche glauque, sombre et souvent drôle si caractéristique d’Hubert-Félix Thiéfaine.

On a l’impression qu’il ne crie plus. Il ne crie plus ses tourments, il ne déborde plus.

Non, il semblerait que Thiéfaine ait pris de la distance et revienne même, avec une certaine sagesse et sans artifice, délivrer un message de Paix et de Fraternité dont notre monde a bien besoin.

Le morceau “Médiocratie” est, dans l’écriture et pour du HFT, direct et simple à souhait, comme un message en mode “décrypté” pour bien se faire “entendre.”

C’est d’ailleurs un peu ce que je lui reproche, cette absence de poésie, de lyrisme et d’originalité.

C’est un registre assez  nouveau pour l’artiste, et, même si aux premières écoutes, ça gêne un peu, on finit par s’y habituer, plus ou moins, selon les chansons…

Mais, ça n’est pas un vrai reflet de ce qu’il peut avoir fait.

On notera aussi une allusion à la Politique dans son Résilience Zéro, ce qui, là encore, constitue une nouveauté et m’a beaucoup étonnée.
J’ai presque été choquée tant les sujets abordés semblent triviaux et pour le grand public…

Très loin de ses époques déjantées, fiévreuses et décalées.

Serait-il rentré dans “les rangs” de la Variété?!

Cet album est aussi le fruit d’une collaboration multiple avec des talents trop peu connus comme Arman Méliès ou Jeanne Cherhal, et lui donne un aspect musical très différent, doux et relativement féminin. Presque maternel (oui, ce Médiocratie m’a définitivement marquée dans le mauvais sens..!)

Le format des chansons reste étonnamment court pour du Thiéfaine, qu’on a connu beaucoup plus boulimique de mots et de sons, avec des morceaux dépassant les 7 minutes.

Et c’est assez symptomatique du tournant pris par l’artiste depuis deux ou trois albums.

Ici, avec Stratégie de l’inespoir, on retrouve ce mode silencieux, presque inquiétant, d’après la Tornade.

Je pense notamment à “Fenêtre sur Désert”, “Mytilène Island” ou “Lubies sentimentales” arrivant à décrire avec tant de mélancolie, des états d’être passés ou présents. Des émotions furtives, sensuelles et fortes, parfois devenues floues avec les années et qui, pourtant, ont laissé leur empreinte.

J’ai beaucoup apprécié les violons, qui, à mon sens, accentuent la douceur féminine de “Mytilène Island”, son lyrisme, son côté pictural à la Michelangelo… Une belle performance.

Très sage.
Trop sage?

On voit, dans cet album encore -ce fut le cas en 2005 avec Scandale Mélancolique– une collaboration artistique avec Cali, qui fonctionne bien, peut-être mieux que leur duo de l’époque.

En effet, dans “Lubies sentimentales”, les mots sont suaves, dégoulinants de désir et d’amour, et la musique, transparente, minimaliste, suit le même rythme que les moments amoureux et va donc, crescendo.

La fin d’album (deux derniers titres) est musicalement symbolique pour moi. On oscille entre deux styles bien distincts, vivant alors une petite mort, expérimentant ce léger mieux avant de s’apercevoir qu’il est trop tard et qu’on s’éteint…

Un album sans parler de littérature ou de mort ne serait, d’ailleurs,pas un album totalement thiéfainien…

Tandis que Celingrad donne un dernier coup de pep’s avec ses guitares électriques et son rythme entraînant, on redescend fermement avec Toboggan.

Un brin angoissé, un brin mélancolique, il lève, avec brio, le tabou de la mort.

Je reste donc assez mitigée sur cet album, certains titres sont intéressants, mais je le trouve peut-être trop loin de ce qui fut son essence pendant plus de 30 ans.

Cette folie et cette magie des mots, tourmentée et presque indéchiffrable.

 

 


 

 

Infos et réservations:
Hubert-Félix Thiéfaine
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